150 ans du couronnement de la statue de Ceignac et fête des vierges couronnées de l'Aveyron
Publié le 26 mars 2026 dans
Il y a 150 ans, le 9 juillet 1876, une foule immense de pèlerins venus de toutes les contrées du Diocèse de Rodez, assiste au couronnement de la statue de Notre-Dame de Ceignac par son Eminence le cardinal Guibert archevêque de Paris. Pourquoi couronner une statue ? Quel sens donner à cet évènement ecclésial ?
L’usage de fleurir et couronner les statues de Marie est très ancien. Le couronnement de la Vierge est l’un des thèmes de l’iconographie chrétienne consistant à la représenter couronnée dans les cieux. S’Il apparait assez tardivement dans l’art occidental, il devient immensément populaire à partir des 12èmes et 13èmes siècles, sans doute lié à l’approfondissement du culte marial autour de l’an 1000 et à l’idée de la conception immaculée de Marie. En revanche la cérémonie du couronnement canonique remonte au 17ème siècle. Mgr Dominique Le Tourneau dans son dictionnaire encyclopédique de Marie, nous explique que : « les papes ont voulu encourager la piété des fidèles et distinguer aussi des statues anciennes ou faisant l’objet d’un culte spécial ».
L’un des premiers couronnements est celui de l’icône vénérée de la « salus populi romani » en la Basilique Sainte Marie Majeure à Rome, par le pape Grégoire XVI le 15 août 1838.
Voici ce qu’affirmait le pape Pie XII dans sa lettre aux catholiques portugais à l’occasion du couronnement de la statue de Notre-Dame de Fatima le 13 mai 1946 : « En couronnant l’image de Notre-Dame, vous avez fait un acte de foi en sa royauté, de soumission loyale à son autorité, de correspondance filiale et constante à son amour… Vous vous êtes engagés à travailler pour qu’elle soit aimée, vénérée, servie autour de vous, dans la famille, dans la société, dans le monde. »
Concrètement le couronnement suit une procédure précise. La décision revient toujours au pape.
La cérémonie est présidée par le pape ou son représentant (un évêque ou un archevêque) qui va déposer la couronne sur la tête de l’Enfant Jésus, puis sur celle de la Vierge Marie.
On ne doit pas confondre la cérémonie de couronnement d’une statue de la Vierge avec la mémoire de Marie Reine, fête instituée en 1954 par Pie XII et que l’Eglise célèbre le 22 août.
Notre-Dame de Ceignac.
Dès le 29 décembre 1874, Monseigneur Ernest BOURRET évêque de Rodez, obtenait du pape Pie IX l’autorisation de couronner l’antique statue de Notre-Dame de Ceignac. Mais il a fallu attendre le 9 juillet 1876 pour que le couronnement puisse avoir lieu à Rodez, sur le foirail de la ville. Les habitants de Ceignac refusaient obstinément que la statue quitte leur église. Pour vaincre leurs résistances, on a dû faire appel au Père capucin Marie Antoine de Toulouse qui a déployé à cette occasion ses nombreuses capacités de persuasion. Au terme d’un accord, il a été décidé que la statue ne quitterait pas l’évêché de Rodez où elle y serait restaurée. Le jour de la fête du couronnement les paroissiens de Ceignac auraient une place d’honneur. Ils ramèneraient la statue à Ceignac triomphalement, après la cérémonie.
Dans les années qui suivirent, quatre autres statues de Marie seront couronnées officiellement dans le diocèse : Notre-Dame de Foncourieu à Marcillac, Notre-Dame des Buis à St Geniez d’Olt, Notre-Dame la Négrette à Espalion, Notre-Dame de la Miséricorde à St Affrique.
A l’occasion de l’ostension des Madones du Diocèse décidée par Monseigneur Marcel-Marie DUBOIS, du 31 mai au 3 juin 1951, une présentation de chacune est faite. Je me suis inspiré du petit opuscule mis à la disposition des fidèles de l’époque.
Notre-Dame des Buis.
La tradition locale rapporte qu’au milieu du 18ème siècle, le meunier Rouquette averti par une voix mystérieuse, découvre dans la fente d’un rocher entouré de buis, une statue de pierre d’une hauteur de 60 centimètres sans style particulier, représentant la Vierge avec son enfant sur les bras. Il semble qu’elle ait été cachée pour échapper aux profanations des huguenots au 16ème siècle, ou qu’elle provenait des ruines de l’antique ermitage de Saint-Pierre. Un oratoire lui est élevé sous le vocable de Notre-Dame des Buis, près du hameau de St Pierre, à un kilomètre de St Geniez d’Olt. Mise en lieu sûr pendant la tourmente révolutionnaire, la Vierge des Buis n’a cessé d’attirer des pèlerins de la Montagne et de la Vallée du Lot. Elle a été couronnée en 1895, en présence du cardinal Bourret évêque de Rodez et du cardinal Lécot archevêque de Bordeaux.
Notre-Dame la Negrette.
Espalion s’honore de conserver dans la chapelle de l’hôpital de la ville, la statue vénérée de « Notre-Dame la Négrette », dont le cardinal Bourret obtient le couronnement en 1895.
C’est une petite statue en bois d’environ 40 centimètres. Une légende populaire en attribue l’origine à l’un des seigneurs de Calmont dont la forteresse domine Espalion. Il l’aurait ramené d’orient à son retour des croisades. Mais certains historiens la datent du XVème siècle. Elle était dans la chapelle du château jusqu’à ce que l’édifice menace ruine. Elle est alors portée à Espalion ou de nombreux miracles lui sont attribués.
Elle est habillée de la tête aux pieds de divers manteaux offerts par la piété des fidèles selon les couleurs des temps liturgiques.
Notre-Dame de Foncourrieu.
Proche de Marcillac, l’antique sanctuaire de Foncourrieu dépendait de l’abbaye de Conques. Il conserve une statue de la Vierge svelte et élancée qui fait l’objet de la piété des fidèles depuis au moins le 14ème siècle. Profanée par les révolutionnaires en 1793 et partiellement brûlée, elle est sauvée de la destruction totale par une femme courageuse qui la cache. Restaurée, Notre-Dame de Foncourrieu est couronnée par Mgr Franqueville évêque de Rodez en 1901. La chapelle est un lieu marial très populaire dans le Vallon et la région de Decazeville. La fête de la St Bourrou célébrée le lundi de Pentecôte comporte toujours une partie religieuse consacrée à Notre-Dame de Foncourrieu.
Notre-Dame de Miséricorde.
Les plus anciens documents relatifs au culte de la Vierge à St Affrique datent du XVème siècle. Bien avant 1441, une chapelle de l’église paroissiale était dédiée à la Vierge sous le vocable de Notre-Dame de Miséricorde. La statue en bois doré mesure 1m 40. Du bras gauche, la Vierge porte l’Enfant Jésus et de la main droite elle tient un sceptre. Epargnée par les huguenots, la statue est profanée et mutilée par les révolutionnaires. On parvient cependant à la sauver et à la restaurer.
Elle est couronnée en 1913 par Mgr de Ligonnès évêque de Rodez, en présence de 12 archevêques et évêques, de 150 prêtres et de 15.000 fidèles.
Dans le calendrier liturgique, le 8 mai est devenu la fête solennelle de Notre-Dame de Ceignac, à la place du 9 juillet.
Le vendredi 8 mai 2026, nous fêterons les 150 ans du couronnement de Notre-Dame de Ceignac.
Pour cette occasion :
- les photos des quatre autres vierges couronnées seront mises à l’honneur dans le chœur de la Basilique.
- la messe solennelle sera présidée à 10h45 par notre évêque Monseigneur Luc MEYER.
- l’après-midi à 14h une conférence sera donnée par Madame Monique DUGUE-BOYER sur « les vierges couronnées de l’Aveyron ».
- la conférence sera suivie de danses festives pour tous.
Vous êtes invités à venir nombreux pour participer à ce temps fort diocésain.
P. Jean-Claude LAZUECH, recteur de la Basilique de Ceignac.