Prêtres jubilaires

La fin d’année généralement l’occasion de vivre les ordinations presbytérales et diaconales, et de rendre grâce pour les prêtres jubilaires. Selvin Rathinam a été ordonné diacre le 19 mai en la basilique de Ceignac.

Frère Damien Rival sera ordonné prêtre pour l’ordre des prémontrés le 16 juin.

La messe d’action de grâce pour les prêtres jubilaires sera célébrée le samedi 29 juin à Ceignac.

Une occasion pour Église en Rouergue de revisiter avec certains d'entre eux le ministère presbytéral.

Père Yvon Albespy

Toute une vie, relié à Dieu et aux autres

De la Côte d’Ivoire à la maison Saint-Amans, en passant par Villefranche, Saint-Affrique et la rue Frayssinous, Yvon Albespy enracine sa vocation dans l’Eucharistie et la relation aux autres.

Une chambre, un bureau mansardé, au quatrième étage de la maison Saint-Amans à Rodez. Une photo avec saint Jean-Paul II. Une vue de Villefranche-de-Rouergue couleur sépia. Des livres. La Croix. Sur la table basse, quelques friandises à offrir au visiteur du jour. « Entre, assieds-toi ! ». Sur un pan de mur entre une bibliothèque et la porte de la chambre, une photo du Christ de l’abbaye de Bonnecombe. « Il est à la fois douloureux et plein d’espérance. J’avais choisi cette image du Christ pour mon ordination. »

S’asseoir quelques minutes aux côtés du père Yvon Albespy, c’est rendre grâce pour une vie vécue, donnée, depuis soixante ans, aux autres. « Être signe de Jésus, ici, avec la petite communauté de Saint-Amans, est une étape de ma vie que je me surprends à accepter. » Et citant Mgr Roger Bourrat, dont il a été le vicaire général pendant plusieurs années, et Jean Vanier : « Ce n’est pas la multiplicité des choses que nous faisons mais c’est ce que nous sommes profondément avec les autres et pour les autres qui est important » lui disait souvent le premier. Quant au second qui estimait que la fragilité pouvait être, avec la foi, un tremplin, il partage avec le père Albespy la conviction que « dans le vieillissement, l’essentiel se trouve dans la qualité de relation à l’autre. »

L’enfant du Faubourg, qui est né il y a 86 ans et a grandi au 18 avenue Tarayre à Rodez, n’a pas attendu de rejoindre la maison Saint-Amans pour soigner la relation à l’autre. « Nous étions quatre familles dans la maison natale. On s’aimait beaucoup, on se disputait aussi. » Entre l’église du Sacré Cœur, le presbytère, l’école, l’Église et son curé faisaient partie du quartier. « J’ai été baigné dans ce bain-là, par ma mère, très croyante ; par le curé qui m’a appelé à être enfant de chœur. Je me suis même mis à dire la messe, comme le curé, pour les enfants de notre maison ! » confesse le père Yvon. « J’aimais l’Église, cette Église. A ma demande, mes parents m’ont inscrit à Saint-Pierre.

L’armée a représenté un tournant pour le jeune Yvon. Ayant partagé avec ses « copains » sa volonté d’être prêtre, il en était devenu le confident, lui qui était marqué par une grande timidité. « J’ai organisé un pèlerinage à Lourdes pour eux et c’est, je crois, ce qui nous a fait réellement entrer dans une relation fraternelle, même si tous n’étaient pas croyants. »

D’un lieu à l’autre, exerçant son ministère en paroisse à Saint-Affrique, ou comme aumônier de lycée public, le père Albespy cultive la relation à Dieu et aux autres. « Les jeunes ont été ma vie, bien que, à mes débuts, j’aie eu du mal à me situer sur certaines questions comme l’engagement, la sexualité, la laïcité. Il m’a fallu les éclairages du père Émile Sudre d’un côté, ceux du pape Paul VI dans son exhortation Evangelii nunciandi d’un autre côté, pour comprendre la société de l’époque. Ce texte est devenu pour moi comme une charte

Un nouveau visage de la relation attendait le jeune prêtre : « J’ai 37 ou 38 ans, le pape invite les jeunes à partir en Afrique. » Yvon, avec l’accord de son évêque, rejoint le père Pierre Bourdoncle, missionnaire à Bouaké en Côte-d’Ivoire. Il y restera sept ans. « Avec les ivoiriens, nous nous sommes apprivoisés mutuellement. Je me suis intéressé à leur histoire, eux qui étaient les enfants d’anciens esclaves. »

Aujourd’hui, après de nombreuses missions dans diverses paroisses de l’Aveyron, après plusieurs années passées comme vicaire général de Mgr Bourrat puis de Mgr Ghirard, après avoir privilégié la relation à travers l’accompagnement de jeunes et d’équipes – comme les Équipes Notre-Dame - le père Yvon continue à être signe pour les autres et au milieu des autres. « Ici (à la maison Saint-Amans, NDLR), je fais comme en paroisse. La vie spirituelle, l’adoration, la fraternité, les visites de notre évêque et la relation aux autres et au monde me sauvent. » Même déchargé de toute responsabilité, il se sent toujours relié à l’actualité de son diocèse, de son pays et de son Église, par la lecture de la presse, l’écoute de la radio. Le père Yvon vient de terminer la lecture de l’exhortation apostolique Christus vivit et reconnaît y avoir trouvé des clés pour lui-même : « Il vit, le Christ, et il veut que tu vives… toute ta vie, relié à Dieu et aux autres. »

Père Jean Rigal

Une foi enracinée dans la réflexion

"Je suis rentré ici, à la maison Saint-Amans, par nécessité, à la suite d’un accident.”

Ce passage qu’il ne nie pas avoir vécu avec difficulté, parce qu’il impose d’abandonner un certain nombre de choses, d’habitudes, le père Jean Rigal le vit finalement comme une chance. “Ce sont des soucis en moins ! A nos âges, ici, nous avons tous deux points en commun : la vieillesse et le besoin de soin.” Le père Jean trouve dans cette “nouvelle” maison un esprit d’écoute, d’entraide, de bienveillance. “Cette maison est un bel exemple de diversité d’opinions, d’orientations religieuses. Il y a des prêtres, oui, mais pas que. Et nous, prêtres, nous sommes là, au milieu des laïcs, comme eux.” Et c’est la plupart du temps une nouveauté pour ces hommes qui ont longtemps vécu seuls. Mélange explosif ? Plutôt positif, rectifie le père Jean.

Ce qui me sauve, ici ? la rencontre des autres, l’eucharistie quotidienne, la poursuite de la recherche intellectuelle : j’ai besoin de réflexion pour appuyer ma foi sur une dimension où la raison a sa place”.

Chaque fois qu’il a fait cet effort d’aller vers les autres, Jean Rigal s’en est trouvé grandi, fortifié. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui a forgé la vocation de cet ancien directeur du Centre national des voacation de Paris, ancien théologien et ecclésiologue à l’Institut catholique de Toulouse mais aussi homme de terrain au contact des équipes locales de laïcs. “Il y avait un terreau favorable à la maison, reconnaît le père Jean. Mes parents, bien que fonctionnaires de l’État, étaient profondément croyants et serviables. J’avais besoin d’orienter ma vie vers le don.” Il fait lui-même la demande d’être inscrit, dès la classe de sixième, au petit séminaire d’Espalion. “Déjà, je savais que j’allais être prêtre !” Les années lycées, souvent décisives pour les jeunes ont donné à Jean la chance de vivre une retraite. Il a dix-huit ans. Il savoure ce temps de réflexion presque unique qui lui est offert. Temps de discernement, préciserait-il aujourd’hui ?

Famille, rencontre, service des autres, besoin de se donner entièrement, à l’image du Christ. “Il y avait quelque chose de religieux dans ce que j’attendais de ma vie.” Le service national reste une étape déterminante pour le jeune Jean. “Ce qui m’a beaucoup aidé et, finalement, décidé, c’est de susciter des groups de réflexion Chrétienne pendant mon service. Nous nous aidions à ne pas considérer notre vie comme un repli sur soi, mais comme un engagement auprès des autres.”

Le constat est le même aujourd’hui, plus de soixante-dix ans après : aller vers les autres, ne pas se replier sur soi, poursuivre encore et toujours la recherche intellectuelle, même à la maison Saint-Amans. Les murs de son bureau sont bardés d’étagères croulant sous le poids des livres. Des mots, des phrases, des pages, pour enraciner sa foi dans la réflexion.

Prêtres jubilaires en 2019

5 ans de presbytérat : père Sylvain Konan, csv

10 ans de presbytérat : pères Jean Adjé, Jean Didier Sohotodé, csv

20 ans de presbytérat : père Anandakumar Arputhasamy

25 ans de presbytérat : père Christophe Boyer (père blanc en Afrique-du-Sud)

40 ans de presbytérat : Mgr François Fonlupt, père Bernard Quintard

45 ans de presbytérat : père André Gouzes, dominicain

50 ans de presbytérat : pères André Barnabé, Pierre Belloc, Georges Boyer, Hanri Carrié, Robert Moisset, Émile Puech, Georges Salles (père blanc en Mauritanie)

55 ans de presbytérat : pères Pierre Bonnefous, Claude Cazottes, Élie Costes, Pierre Gauthier, Michel Garnier, André Macke, Jean Pierre, cc ss, Joseph Sirvin, Adrien Terris, Claude Viarouge

60 ans de presbytérat : pères Yvon Albespy, René Vergnes

65 ans de presbytérat : pères Michel Bousquié, Lucien Éche, Jean Rigal, Mgr Raymond Séguy, Marcel Viarouge, Jean Laur, csv, Jean-Marie Roux, csv

70 ans de presbytérat : pères Pierre Dumas, Raymond Marre

Doyen des prêtres diocésains : père Marius Garrigues, 73 ans de presbytérat, dans sa 99ème année

Messe d'action de grâce

Samedi 29 juin

11 heures

Basilique Notre-Dame de Ceignac

L’Église, par l’Évangile, est capable de se renouveler. Dans la mesure où il y a des chrétiens qui croient à l’Évangile, elle trouvera des solutions. Je crois beaucoup à la dimension communautaire de la foi : même si j’ai besoin de comprendre, de chercher, je suis convaincu que nous ne pouvons pas nous passer de vivre ensemble."

Père Jean Rigal