Évènement

Ordination sacerdotale de frère Philippe Arnal, csv

Qui est Philippe Arnal ?

par le père Pierre Demierre

Frère Philippe est né le 22 juillet 1978 à Rodez. Fils de fonctionnaires d’État, aux engagements sociaux, associatifs et politiques multiples, Philippe a grandi à Lax, son village dans une ambiance chrétienne – une grand-mère fidèle de la messe quotidienne, des prêtres souvent en visite à la maison. Ses accompagnateurs ont été nombreux à lui transmettre de solides valeurs.

Il prend contact avec la Congrégation bien avant l'an 2000. Elle l'invitera à réfléchir à son appel et à mieux connaître notre famille religieuse.

Il ne perd pas son temps ! Passionné d'Histoire médiévale et moderne, ainsi que de philosophie et de littérature, il validera un DEA en Histoire Moderne et une licence de philosophie.

Le temps s'écoule : c'est l'heure de nombreux engagements en Aveyron, tant ecclésiaux que sociaux.

D'abord attiré par la recherche universitaire, il reste pourtant disponible à un nouvel appel du Seigneur et rejoint l'Enseignement Catholique en Aveyron.

Toujours en lien avec la Communauté et persuadé du soutien que peut lui apporter la Congrégation,

Il n'a eu de cesse que de se former intellectuellement, pastoralement. Il a accompli les diverses étapes de la formation à la vie religieuse.

Le 20 octobre 2012 il prononce ses premiers vœux et le 23 octobre 2016 ses vœux perpétuels. Il a été ordonné diacre en vue du sacerdoce le 28 juin 2021 en la cathédrale de Rodez.

Suivre le Christ pour le servir

« Être chrétien c’est suivre le Christ ». Frère Philippe arrive tout juste du séminaire Saint-Cyprien de Toulouse, en cette fin d’après-midi de vendredi. Au 36 de l’avenue Tarayre à Rodez, où il réside avec d’autres frères de la communauté des clercs de Saint-Viateur, le jeune professeur d’histoire, formé à l’école des Chartes, et ordonné diacre le 28 juin 2020, la joie dans le sourire, livre entre deux gorgées de thé, les fondements de sa vocation.

Pour Philippe, l’appel est d’abord passé par l’héritage d’une tradition transmise, par le lien avec une communauté chrétienne : l’Église. « Oui, c’est d’abord une transmission, un témoignage. Personne n’a rencontré le Christ. Si je peux dire ‘je crois’, c’est parce que d’autres nous ont dit. » La foi c’est un « donné » qui vient me recréer, qui fonde quelque chose en moi. Notre foi, poursuit l’ordinand, c’est une foi en l’incarnation d’un Dieu qui s’incarne par passion amoureuse. Il me dit de façon unique qu’il m’aime et pour ça il prend chair de ma chair.

Et frère Philippe de développer trois axes par lesquels est passée sa vocation. Ce mot qui signifie « appel », passe par quelqu’un qui a été pétri de cette relation avec le Christ et qui pose cette interpellation.

C’est passé par des personnes, typiquement ma grand-mère, le vieux curé de ma paroisse, celui de mon adolescence et de mon enfance – oh ! sans être un saint, il y avait quelque chose chez lui du jeune curé qui se questionne sur sa relation aux autres, pétri par des passions, mais aussi du vieux curé de la paroisse voisine, sorti du Journal d’un curé de Campagne de Bernanos – il s’abaisse dans ce mouvement, pour recevoir la confession). Ma vocation, elle est passée aussi la rencontre avec le frère Bernard Molinier, clerc de Saint-Viateur. »

Deuxième axe : la littérature et le cinéma. « Je pense notamment à l’ouvrage Augustin ou le maître est là, dans lequel Joseph Malègue s’attarde sur la question du pourquoi je continue à croire. Je ne peux pas non plus oublier la littérature de Bernanos. J’ai aussi été marqué par un œuvre cinématographique conseillée par le vieux curé de ma paroisse : Monsieur Vincent, sur un texte de Jean Anouilh. Je retiens particulièrement la conclusion du film : ‘ Monsieur, vous irez certainement en paradis, vous nous ouvrirez les portes, vous qui avez tant fait.’ Et M. Vincent de répondre : ‘Pas assez madame, pas assez !’ »

Troisième et dernier axe : Balthasar dans la kénose (1) de la croix. Dieu par passion amoureuse quitte sa dignité divine pour venir habiter complètement la dignité humaine. Cela vient mettre dans la vocation beaucop d’humilité car on est en permanence après l’appel en état de disciple. On ne peut alors qu’annoncer quelqu’un qui n’est plus nous mais qui est le Christ. »

Un appel et une révélation qui viennent petit à petit

Pour Philippe, comme pour d’autres peut-être, l’appel a été, dans un premier temps, complètement extérieur. « On finit par accueillir le don en se disant pourquoi pas ? l’aventure est peut-être belle, alors allons-y. Et puis on finit par être indifférent, au sens ignatien : cela ne m’appartient pas, l’important c’est le chemin, le fait qu’il marche avec moi. » En évoquant l’évangile des pèlerins d’Emmaüs, Philippe admet avoir mis du temps à le reconnaître ! « On finit par comprendre, ajoute-t-il, que la résurrection du Christ vient animer toute notre vie, où on pose notre regard sur une humanité, un univers, un cosmos qui est complètement recréé. L’important c’est la vie de grâce chez les frères et sœurs que nous rencontrons. Être chrétien change forcément ma vie. Le rôle, la vocation chrétienne d’aujourd’hui consiste à être signe d’espérance pour un monde qui en a tellement besoin. La vocation sacerdotale se pose alors en aide pour la circulation de cette vie de grâce dans tout le corps ecclésial. » Parlant déjà en parabole, le futur pasteur prend appui sur le métier de fontainier : « le prêtre est celui qui facilite, qui va servir la circulation de la grâce, comme quelque chose qui le dépasse, qui est bien plus grand que lui et qui souvent devrait s’effacer devant la source. »

C’est ce qui se passe aussi dans la vocation de l’éducateur qu’est Philippe Arnal : si on veut seulement imposer un schéma à l’autre, une vérité… on se leurre, on n’est pas au service de la personne. « Après 24 ans d’enseignement, j’ai bien perçu que l’autorité n’est pas d’abord un autoritarisme mais la confiance, la reconnaissance de celui qui reçoit. L’autorité aussi c’est un « donné ». Mgr Lustiger disait lors d’ordinations de prêtres dans son diocèse de Paris « les ordonnés d’aujourd’hui, l’Église s’est chargée de les former... maintenant, je vous les confie. C’est à vous, communautés, de les former. »

« Les prêtres sont envoyés pour servir la vie de grâce des communautés. » Telle est la conviction du jeune viateur. Il leur appartient alors de prendre conscience du troupeau pour tout ce qu’il est, dans son ensemble, de regarder comment fonctionne ce troupeau. « Être attentif à l’ensemble mais aussi à chaque membre, à ce qu’est chacun. Remettre la personne au centre, se mettre au service, comme dans l’enseignement. Avoir une pédagogie diversifiée : oui, cela implique pour nous tous une véritable conversion pastorale. Mettre en avant la vie de grâce des chrétiens et donc savoir avant tout où chacun en est. » Ce qui est premier pour l’Église, c’est la rencontre avec le Christ comme le rappelle la lettre à Timothée (Ti 2, 4) : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ».

Alors, le chrétien, et le prêtre parmi eux, croire que Dieu veut sauver chacun de nous, et en même temps Dieu veut avoir besoin de l’Église, de tout le peuple de Dieu pour sauver le monde. Tout cela avec beaucoup d’humilité : la force de conviction induit forcément l’humilité. Être au service de cela, c’est une vocation... celle du peuple de Dieu. Parmi ce peuple, « la vie consacrée et la vie religieuse sont un appel dans l’appel baptismal » (saint Jean-Paul II) Le sacerdoce ministériel, lui, est au service du sacerdoce commun. Ni au-dessus, ni à côté... mais à sa place. Les ministres ordonnés ne sont rien sans le peuple de Dieu et l’Église peuple de Dieu ne peut pas exister sans les ministres. Alors, poursuite frère Philippe, « les communautés chrétiennes qui ne se donnent pas de vocation religieuse ou sacerdotale n’ont plus la perspective du Christ ressuscité. Croyons-nous encore que le Christ ressuscité est une bonne nouvelle ? Si oui, cela ne doit pas s’arrêter à la porte de mon Église et je dois l’annoncer. Mieux encore, m’en donner les moyens. »

Propos recueillis par Pascal Fournier

 

(1)    Kénose vient du verbe grec kénoô (κενόω), qui signifie « vider », « se dépouiller de soi-même ». Ce terme exprime le fait que Dieu se dépouille de certains attributs de sa divinité, selon une interprétation de l'Épître aux Philippiens