Selvin Rathinam

Ordination diaconale le 19 mai 2019

Mgr François Fonlupt, évêque de Rodez et de Vabres

ordonera diacre

Selvin Rathinam

en vue du presbytérat

dimanche 19 mai 2019, à 15 heures

en la basilique Notre-Dame de Ceignac.

Dimanche 19 mai

Pèlerinage du Pays Ruthénois
de la cathédrale et de Baraqueville à Ceignac

  • 8h45 : départ cathédrale
  • 10h00 : Départ Baraqueville
  • 12h00 : Arrivée Ceignac
  • Repas tiré du sac
  • 13h00 : Chapelet
  • 15h00 : Messe et ordination

Rencontre avec ce "petit" garçon espiègle
au courage sans limite et sans frontière

« La vie est belle et très simple. Vivre sa vie n’est pas très compliqué : il faut être courageux pour accepter des choses qui arrivent sur le chemin. Comme l’eau qui sort d’une source accepte tout type de chemin sur sa route. » A l’écoute de ces mots, un certain samedi soir, peu avant la célébration de la messe des Rameaux à l’église Saint-Joseph l’Artisan, les lycéens, étudiants et jeunes professionnels observent un silence méditatif. Ils sont assis tout autour de la salle, formant un grand cercle, formant une famille. Ensemble, en équipes, en quatre lieux du diocèse, ces jeunes ont « planché » tout l’après-midi autour de écouter, appeler, discerner, accompagner, quatre verbes issus du texte final du synode romain Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. Avant de « vivre » la passion du Christ, ils se laissent emmener en voyage par Selvin, un voyage dans le temps et l’espace. Le temps de sa vie, de ce qui l’a conduit jusqu’en Aveyron. L’espace de sa vie, de son village natal à plus de 8.100 kilomètres de la cité des rutènes, de son école, du petit puis du grand Séminaire.

J'étais étranger et vous m'avez accueilli

« Depuis le jour de mon arrivée, je suis tellement encouragé et entouré par vous, je suis si bien accueilli par vous tous !» Bon courage. Selvin prétend avoir entendu tous les jours ces deux mots qui n’en font presque qu’un seul. Et du courage, il en a eu besoin, lui, le petit garçon dur à vivre, courant partout avec ses amis, profitant de la première occasion pour faire une bêtise. « Insupportable », selon l’appréciation des voisins, au village. Aîné, devant un frère et une sœur, né dans une famille de tradition chrétienne du côté de son papa et hindoue du côté maternel, dans une famille où le papa plombier et la maman cigarière à domicile travaillent dur, Selvin fréquente l’école primaire de son village dans l’état du Tamil Nadu, dans le sud du sous-continent indien. Puis viennent les années d’internat, à soixante kilomètres du village. Celles du petit séminaire, du lycée. L’année d’approfondissement de la langue anglaise, de l’introduction à la Bible et à la vie sacerdotale, de l’université où Selvin décroche un diplôme en physique après trois années d’études.

Je ne suis pas découragé en voyant tout ça. J’espère et je prie. Je demande aux gens de prier pour que de jeunes aveyronnais rentrent au séminaire pour devenir prêtres. »

L’appel au sacerdoce résonne toujours davantage. Il faut aller plus loin, à plus de six-cents kilomètres de la maison, pour étudier la philosophie et la théologie. Après une année de stage dans son diocèse, puis une année de spiritualité (appelée autrement noviciat), Selvin accepte de tout lâcher en Inde pour poursuivre ses études de théologie en France. Cap vers l’hexagone, Toulouse, l’Aveyron. Le calendrier affiche le 24 août 2014…

Ici, Selvin apprend en un temps record le français, « une langue très compliquée et parfois un peu bizarre, mais j’aime beaucoup le subjonctif et… le conditionnel ! » Très vite, débute la poursuite de l’étude de la théologie, un cycle de quatre année qui se termine en 2019.

N’ayons pas peur de vivre notre foi

« Une longue formation, des années parfois épuisantes, une maman et des amis qui ont pu se montrer hostile à mon désir de devenir prêtre. » Comme Selvin a-t-il pu persévérer ? « C’est par la grâce de Dieu et par la prière. Des gens me demandent qu’est-ce que la grâce ? Est-ce qu’on peut la voir ? Ma réponse est très simple : on ne voit pas l’air mais on le respire. Mieux : on ne peut pas imaginer une vie sans air. La grâce, c’est pareil : on ne la voit pas. Par contre, impossible de vivre notre foi sans grâce. J’accepte tout sur mon chemin pour accueillir le grand amour de Dieu. Je dis souvent « Faites tout pour le grand amour de Dieu. N’hésitez pas de faire des choses pour atteindre le grand amour de Dieu. N’ayons pas peur de vivre notre foi !»

Selvin est originaire de l'état du Tamil Nadu, à l'extrême sud de l'Inde.

La place de l’église

N’habite pas dans un village où il n’y a pas de temple » dit un proverbe de mon pays.

La vie spirituelle est plus importante chez moi. Vous voyez des temples hindous partout. En arrivant et en sillonnant la région, quand j’ai vu des clochers partout, ici en France, j’étais heureux car des pays comme l’inde, l’Afrique, la Chine et bien d’autres pays, chaque communauté chrétienne n’a pas son église pour célébrer et vivre sa foi. Chez moi, je connais des endroits où la messe est célébrée dans une petite tente. A Flagnac, le spectacle joué tous les étés décrit une époque où la vie quotidienne était vécue autour de l’église. Les églises sont toujours au milieu des villages. Pourquoi ? Vous êtes-vous déjà posé la question ? L’église est un phare, un repère, une base solide. 

La force de l’eucharistie

En Aveyron on mange bien. Et en même temps, j’ai vu des personnes poser leur tête dans des poubelles pour trouver de quoi remplir leur ventre. C’est dommage. Ici, on mange davantage de viande que chez moi pour résister contre le froid (j’espère). Chers amis, chers jeunes, je vous propose aussi de consommer le corps du Christ tous les dimanches et chaque fois que vous en avez la possibilité. Il vous aidera à résister à ce qui dévalorise notre foi. »

Selvin

Selvin, pas à pas

8 ans, l’étincelle : « Je crois que les religieuses de mon village m’aiment bien. Je prie souvent avec elles, je prépare l’autel pour la messe. Elles m’emmènent rendre visite à des familles et des malades. Ont-elles aperçu en moi la flamme naissante de l’appel au sacerdoce ? »

10 ans, premier soir à l’internat : « Assis contre un arbre, déjà gagné par la solitude, je n’ai qu’une envie : pleurer. Ils sont loin, famille, amis… »

18 ans, le temps des questions : « Il faut que je quitte le séminaire pour revenir à la maison et aider la famille à surmonter les difficultés économiques

27 ans, le grand saut : « Je n’ai pas envie de quitter l’Inde, ma famille. Mon évêque m’envoie vers ce pays que je ne connais pas, dont j’ignore totalement la langue, la culture, les habitudes alimentaires.

32 ans, une nouvelle étape : « Le 19 mai, je vais être ordonné diacre en vue du presbytérat. Cela fait dix-sept ans que j’attends… Je vous demande de prier pour moi, pour que je continue à avancer sur mon chemine. Et en même temps, priez pour les vocations ici ! »