Regardez,

déjà les champs sont blancs pour la moisson

Revenir à la source de notre baptême , nous laisser conduire par l'Esprit

Lire la Lettre

Le 10 janvier, l’évêque de Rodez a remis au diocèse sa deuxième lettre pastorale qui invite à revenir à la source du don reçu par le sacrement de baptême. Rencontre avec Mgr François Fonlupt.

Pourquoi lancer aujourd’hui une proposition autour du baptême et de la confirmation ?

Nous sommes encore pris dans une période difficile où la vie de notre société et la vie de notre Église sont fragilisées par l’impossibilité de nous retrouver, de nous rassembler. Cela est d’autant plus préjudiciable pour les enfants, pour les jeunes. Après la période de la fête de Noël, persiste cette difficulté à nous rencontrer. Mais la vie ne doit pas s’arrêter pour autant, nous ne devons pas attendre les bras ballants que les choses reprennent. Je crois, plus positivement, que nous sommes dans une période où nous avons besoin de continuer à creuser ce que la mission que nous avons reçue nous invite à vivre et à déployer. Le modèle de vie ecclésiale qui est le nôtre aujourd’hui est précaire par bien des aspects. Il nous appartient de regarder ce qui est à inventer pour que, peu à peu, une manière nouvelle de vivre l’Église puisse surgir. Ce que nous traversons aujourd’hui, par bien des aspects, nous rend plus modestes, plus humbles, dans ce que nous avons à être, et nous invite aussi, avec plus de confiance, à nous tourner vers les autres.

Quels liens établissez-vous entre votre première lettre pastorale (2013), le synode diocésain (2015-2017) et la proposition que vous initiez aujourd’hui ?

Cette proposition se situe en continuité. Elle est une manière de nous interroger, de continuer à tracer ce même sillon dans la réalité d’aujourd’hui qui, pour bien des raisons, nous interpelle. Le synode nous a aidés à nous situer comme « disciples-missionnaires » et à dégager un certain nombre de pistes pour vivre ensemble, dans les paroisses, développer des maisons de vie, chercher des chemins de fraternité et de relation, entre nous et plus largement dans tous les cercles de nos relations. L’étape qui s’ouvre aujourd’hui veut nous appeler à  une conscience plus vive de ce que nous avons reçu par le baptême et la confirmation, et donc de la responsabilité qui nous incombe. Même si cela a sans doute toujours été vrai, aujourd’hui, plus que jamais, nous sommes invités à nous sentir chacun davantage responsables de la mission qui est la nôtre. Il s’agit bien de rester dans la même dynamique que le synode diocésain en approfondissant le don reçu au baptême, à la confirmation, (ou en l’envisageant de recevoir ce sacrement si nous ne l’avons pas encore reçu), pour nous sentir vraiment partie prenante de la vie de notre Église et de sa mission. Pour le dire autrement, la vie de l’Église ne dépend pas aujourd’hui de quelques-uns qui seraient prêtres, laïcs en responsabilités, membres d’une Équipe d’animation paroissiale ou d’un conseil. Elle dépend véritablement de tous les baptisés. Cette proposition de réflexion veut nous ré-enraciner dans ce don qui nous est fait, comme baptisés-confirmés, mais aussi dans la responsabilité qui nous incombe.

Quelle idée directrice développe la Lettre pastorale ?

Revenir à ce qui qui nous constitue comme chrétiens, à ce don accueilli sacramentellement au baptême et à la confirmation, et qui est nourri par l’Eucharistie. C’est « l’expérience de cet Amour de Dieu qui nous sauve » et nous appelle à en être témoins. C’est la responsabilité qui nous incombe. Vivre cela aujourd’hui a besoin d’être traversé par cette « conversion pastorale » dont le pape François parle souvent.  La conversion n’est pas exclusivement une attitude personnelle qui ferait que, si Dieu s’adresse à nous, nous aurions à nous tourner vers lui et donc à changer notre manière d’être ;   la conversion doit être aussi une transformation commune, une « conversion pastorale » qui concerne l’ensemble des communautés et l’ensemble de la vie de l’Église. Elle nous appelle à sortir de nos propres préoccupations pour nous tourner vers les hommes et les femmes auprès de qui nous vivons et avec qui nous avançons, et à accueillir avec eux quelque chose de cette « nouvelle de bonté radicale » qui rejoint nos existences.

Vous avez pensé cette lettre comme une invitation, semble-t-il, à l’image des appels du pape François ?

Une invitation à entrer dans cette attitude : à la fois retrouver ce que nous avons reçu et entrer dans cet élan de la mission qui nous invite à ne pas être propriétaires exclusifs d’un cadeau qui nous serait réservé, mais nous entraîne à nous tourner vers nos frères en nous attachant à accueillir avec eux le meilleur de ce qu’ils vivent (ou de ce que nous vivons ensemble), et à découvrir l’étonnante proximité du Royaume de Dieu.

Le pape nous appelle à être une Église décentrée, c’est-à-dire une Église moins préoccupée de ses œuvres, de ses relations, de ses activités, mais une Église qui s’attache plutôt à travailler le lien avec d’autres, une Église capable de recevoir (lire l’encadré Un appel à une sortie bienveillante). J’ai essayé d’exprimer quelques développements importants dans cet horizon de l’hospitalité, cette invitation à être des quêteurs, des aumôniers ou des quémandeurs de l’hospitalité à accueillir, parce qu’elle nous est offerte par d’autres (lire l’encadré : L’hospitalité : où la trouve-t-on ?). Comment entrer dans cette attitude qui nous rend capables de recevoir le meilleur de ce que vivent les autres ? Cela demande écoute, attention, essai de compréhension, dialogue, respect. Comment entrer dans cette écoute pour découvrir la richesse de celles et ceux que nous rencontrons et chercher avec eux ce qui vient consonner avec la Bonne Nouvelle de l’Évangile, la Bonne Nouvelle du Royaume.

Comment pourra s’articuler le temps qui s’ouvre aujourd’hui et jusqu’à Pentecôte 2022 ?

Cette proposition ne va pas révolutionner la vie de l’Église dans sa forme, mais voudrait engager une dynamique, sur un temps assez long, pour nous disposer à retrouver et accueillir de manière neuve ce cadeau merveilleux que le Seigneur nous fait par son Amour et sa Présence. Ce don qu’il nourrit en nous par les sacrements et qui nous provoque à nous tourner vers nos frères, à les rejoindre, à marcher avec eux, pour nous reconnaître destinataires cette Bonne Nouvelle. C’est donc une invitation à être une « Église en sortie » heureuse de témoigner de cette « bonté radicale » adressée à toute personne, et que nous avons à accueillir ensemble.

Propos recueillis par Pascal Fournier