S'engager pour les autres ?

Pourquoi ?

Cinq étudiants du foyer Saint-Pierre à Rodez prennent part à l’organisation et à l’animation de la journée Bouge ta Planète portée par le CCFD-Terre solidaire, les aumôneries et pastorales des collèges, la pastorale des jeunes de l’Aveyron.

Mais pour eux, au fond, s’engager, qu’est-ce que ça signifie ?

Pourquoi avoir choisi Bouge ta Planète avec le CCFD-Terre solidaire ?

Parmi tous les projets qui leur ont été présentés en début d’année au Foyer (lire l’encadré), Anaïs, Lucie, Romain et Théo ont choisi de concrétiser leur engagement avec le CCFD-Terre solidaire. Pour Théo, qui renouvelle avec bonheur l’expérience, c’est essentiellement pour le contact et la transmission d’un héritage reçu aux collégiens. « Les collégiens, c’est l’avenir. Mais c’est maintenant qu’il faut les aider à apprendre à réfléchir pour construire une meilleure vie plus tard. »

Romain, lui a estimé que sa place était là, auprès de plus jeunes que lui à qui il pourrait transmettre quelque chose par le jeu théâtral.

Lucie a déjà fait de la radio avec Radio Temps Rodez. L’accueil des familles à la prison lui faisait un peu peur.

Anaïs a été guidée par le thème-même, la route des migrants, et la manière d’en parler aux collégiens, par le jeu et le théâtre. « Mais je reconnais que Théo a eu une petite influence, même si je suis grande pour prendre mes décisions toute seule. C’est un bon copain et il m’a dit « Vient ! ». Alors, j’ai suivi » confesse Anaïs

Votre engagement aujourd’hui est-il lié à ce que vous avez reçu ?

Dans sa scolarité de collégien, Théo a changé » tous les ans d’établissement. « Dans un collège catholique, j’ai eu la chance de me « frotter » aux questions environnementales. Pour moi, il est important que je puisse transmettre à mon tour ce que j’ai appris. C’est comme ça que les choses doivent fonctionner, on ne peut pas faire autrement. La transmission fait partie de notre vie. Il en va de même pour les valeurs que j’ai reçues. J’ai envie de les partager, de ne pas les garder pour moi. »

Anaïs, elle aussi scolarisée dans un ensemble scolaire catholique dans le Tarn, a baigné dans une ambiance écologique. « Nous avions des éco-délégués, un club « Chlorophylle », nous étudiions justement les questions d’écologie, les effets sur la planète et ses êtres vivants. » Anaïs a fait également partie de la classe d’enseignement défense, avec un enseignement sur l’organisation de la défense miliaire de notre pays, sur la seconde guerre mondiale et ses effets. A côté du programme habituel des cours, l’accent a été mis, dans cet établissement, sur la période seconde guerre mondiale et le devoir de mémoire « de manière impressionnante » complète la jeune fille. « J’ai eu la possibilité de participer au concours de la Résistance et de la déportation pendant quatre années. » L’ex-lycéenne s’est rendue à Auschwitz-Birkenau, étape clé du voyage de récompense des lauréats. Tout ce qu’elle a reçu de connaissance, émotions, elle ne souhaite pas le garder pour elle mais en faire profiter d’autres.

Toujours dans le domaine de l’histoire, Romain a été marqué par un professeur d’histoire et de géographie, ancien archéologue, et sa manière de faire aimer la discipline à ses élèves. Transmettre la passion, Romain pourrait en faire aujourd’hui l’une de ses priorités.

Lucie, dans son lycée de Castres, a été invitée à participer à des collectes de livres et matériel qui ont été envoyés vers des écoles en Afrique. « J’ai aussi participé à des collectes de lait pour des orphelinats et d’argent pour des hôpitaux et dispensaires du continent africain. » A son tour, l’étudiante en gestion et administration des petites et moyennes entreprises a envie d’initier des plus jeunes à la culture du don de soi.

Les jeunes et l’engagement.

Il n’est pas rare d’entendre que l’engagement, au sens militant du terme, ou l’engagement gratuit pour les autres, est une espèce en voie de disparition, notamment dans les jeunes générations. Qu’en penses ces quatre étudiants du foyer Saint-Pierre ?

 Autour de moi, je remarque que de nombreux jeunes donnent de leur temps. Ici-même, au Foyer. »
Théo, sur la scène de Bouge ta PLanète le 17 mars 2018.

S’il a choisi ce mode d’hébergement, Théo, le « bourguignon-toulousain », c’est bien parce que le Foyer Saint-Pierre, à Rodez, offre la possibilité de s’investir, en marge de ses cours, son travail personnel, ses activités sportives ou artistiques, dans une association. « Tous, ou presque, nous sommes ici pour les valeurs du Foyer ; nous sommes prêts à donner du temps pour les autres. » Et au-delà du Foyer, Théo remarque que dans sa classe de DUT Gestion des entreprises et des administrations, plusieurs étudiants sont généreux en temps pour les autres. Une appréciation que partage Anaïs. Par manque de temps, elle regrette ne pas avoir répondu favorablement à la sollicitation d’une association d’aide aux devoirs et d’accompagnement dans les loisirs (jouer avec les enfants, aller faire du sport avec,…), mais elle admet l’importance, pour un étudiant, de pourvoir investir dans le tissu associatif local.

Autre forme d’engagement : le don d’une partie de soi, le don du sang. Lucie évoque cette forme d’engagement que peuvent prendre les étudiants : « Même si ce n’est pas financier, on donne un peu de nous pour aider les autres. On ne t’enlève rien… et en même temps, c’est beaucoup pour celui qui reçoit, celui que tu aides !»

Quelle que soit la forme de l’engagement, le petit quatuor d’accorde à y voir deux niveau d’intensité. « C’est tout blanc, ou tout noir ! » plaisante Lucie. Il y a ceux qui semblent presque boulimiques d’engagement auprès des autres… et ceux qui ne font rien. Et entre les deux… « Tout ça dépend des études que tu fais » lui répond Théo. « Et d’où tu viens » renchérit Anaïs. La culture de l’engagement, pour ces quatre étudiants, est intimement liée à la nature des études, celles qui laissent du temps et celles qui demandent une attention plus grande au travail scolaire ou universitaire. Mais elle semble par-dessus tout liée à l’héritage familial.

L’éducation que tu as reçu, les valeurs qui t’ont été transmises sont déterminantes pour l’engagement associatif » conclut Anaïs.

Les projets proposés par le Foyer Saint-Pierre, en 2018-2019

Collaboration avec la Croix Rouge

Participation à l’accueil des familles de détenus au centre pénitentiaire de Druelle

Investissement dans l’association Mômes au chaud

Participation aux actions du CCFD-Terre solidaire, et plus particulièrement à la journée Bouge ta Planète du 30 mars prochain

Projet radio avec la MJC de Rodez

Problèmes du monde :

Tous concernés

« Les chanteurs toulousains Big Flo et Oli viennent de sortir une chanson et un clip dans lequel ce n’est pas l’Afrique qui migre vers l’Europe, mais l’Europe, en guerre, qui migre vers l’Afrique. Les rôles sont inversés. Leur message, en tant qu’artistes, est clair : tout le monde peut être concerné par le phénomène migratoire. »

Romain

Donner sans retour

« Il est très important de donner de soi-même, même si on n’a pas de retour, parce que ça aide à « rendre les vies plus égales ». Je suis rempli de bonheur de voir les autres, que j’aide, plus heureux qu’avant. Rendre le sourire à quelqu’un qui ne l’avait pas forcément, donner une part de soi pour sauver une vie, c’est pour moi source de joie. »

Théo

Notre mission : transmettre une approche objective

« Les collégiens voient des images de migrants à la télévision, mais ils n’ont pas forcément la bonne lecture, la bonne interprétation. Ils emmagasinent des informations qu’ils vont traiter eux-mêmes. Ce que nous pouvons leur apporter, avec le CCFD-Terre solidaire, c’est une approche objective, une lecture moins négative des flux migratoires. Nous pouvons leur expliquer pourquoi les migrants sont dans l’impossibilité de rester dans leur pays, quelle qu’en soit la raison. »

Anaïs