Anthony : recevoir, protéger, transmettre

Installé non loin de Rodez, le jeune exploitant agricole a fait le choix de dépasser la simple fonction de producteur laitier en partageant avec enthousiasme son amour du métier.

La nuit commence à tomber sur la bergerie, au coeur du causse de Sainte-Radegonde. L’activité de la ferme ne s’arrête pas pour autant, au contraire. C’est l’heure de la traite. Anthony et sa mère s’affairent dans la salle de traite et la bergerie. Pourtant, le jeune agriculteur de 29 ans n’hésite pas à s’interrompre pour expliquer le fonctionnement de leur ferme. « Ici, nous avons 500 brebis laitières dont le lait sert à la fabrication du Roquefort Gabriel Coulet. Et puis, les agneaux et les 150 agnelles que nous gardons chaque année pour renouveler le troupeau. » Attenant à la bergerie, le vaste hangar sert à la fois au stockage du matériel agricole et des aliments : fourrage et céréales produits sur les quelque 100 hectares de la ferme, granulés qui complètent l’alimentation du bétail, sans oublier les pains de sel indispensables à l’équilibre alimentaire des animaux. Anthony, né à la ferme, est très attaché non seulement aux bâtiments, aux lieux, mais aussi et surtout au vivant animal et végétal qui lui est confié et qu’il a aujourd’hui en gestion. Après avoir été fermier, le grand-père d’Anthony rachète
les bâtiments (maison d’habitation, étable et bergerie) et les terres qu’il exploite avec sa fille. De nouvelles constructions sortent de terre au gré de l’agrandissement de l’exploitation. En 2010, alors qu’il n’a que 23 ans, Anthony reprend la ferme avec sa mère. « Je ne pouvais pas laisser s’échapper de la famille cet outil de travail et ce patrimoine façonnés par les mains de mes ancêtres. »

 

Naissance d’une « vocation ? »

Certes, comme de nombreux agriculteurs, Anthony pointe les nombreuses contraintes liées aux politiques agricoles européennes et mondiales, liées au climat, aux formalités administratives toujours plus lourdes, liées aussi aux exigences de qualité et aux cours du lait, des agneaux, des aliments ; les charges de fonctionnement et de matériel. Le jeune homme n’en affiche pas moins d’enthousiasme quand on lui parle de son amour pour le métier : « C’est un choix à la fois dur et formidable et franchement, je ne regrette rien. C’est ce que je dis souvent à des jeunes qui hésitent à s’installer. Je ne leur cache pas la réalité mais je leur dis "Vas-y, lance-toi. Sois prudent, mais ose" ». Anthony, qui consacre de très nombreuses heures de travail par jour (et par nuit, à certaines périodes de l’année) à sa ferme a délibérément conservé moult activités annexes : « Le cliché de l’agriculteur, qui ne fait rien d’autre que de s’occuper de sa ferme, c’est fini ! » claironne le jeune homme. Il parvient à trouver un juste équilibre entre travail, engagement au sein des jeunes agriculteurs de l’Aveyron, chasse, pêche, association locale et, surtout, présence à sa famille.

Quant à l’avenir de l’agriculture, Anthony aime à rappeler que « les êtres vivants et les humains en particulier auront toujours besoin de manger. Il nous faudra continuer à produire de la matière première. L’agriculture n’est pas en danger de disparition. Les habitudes de consommation changent, à nous de nous adapter. »

Transmettre et éduquer

S’adapter n’est surtout pas subir ; s’adapter, c’est aussi éduquer, s’ouvrir. Signe visible de cette ouverture, l’accueil de groupes de collégiens dans sa ferme ; ou encore, ses interventions dans les écoles. « Souvent, les jeunes ne savent pas que pour faire un fromage, il faut du lait. Et qui dit lait, dit agneau. Ce que tu dégustes aujourd’hui dans ton assiette a une longue histoire de plusieurs années, de la conception et de la naissance de l’agneau, à l’affinage du fromage, en passant par la traite, l’alimentation, la gestion de la ferme et les choix. » Pour les écoliers et les collégiens ces échanges sont souvent synonymes de révélations. Pour le jeune berger jovial
et posé, ces visites pédagogiques sont source d’enrichissement et de joie personnelle. Bien au-delà d’une simple mission de production, Anthony entend remplir pleinement à la fois sa vocation de gardien du patrimoine agricole qui lui est confié dans le respect de l’environnement et son rôle de transmetteur des valeurs aux plus jeunes générations.