Ceignac2017

Les samedis de Ceignac 2017

Pastorale de la santé, samedi 16 septembre

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Confier nos fragilités à Marie

Pour débuter ce temps de parole, je vous propose une image, qui à mon sens pourrait très bien illustrer les propos qui vont suivre. Vous connaissez très certainement le sanctuaire de Lourdes. Imaginez un instant, que vous êtes sur le pont qui surplombe le Gave. Regardez devant vous et prenez un peu de temps pour observer. A votre gauche, il y a la grotte devant laquelle des personnes défilent presque sans interruption. Des enfants, des femmes, des hommes, aussi bien debout ou assis dans des fauteuils roulants. D’un pas lent, dans un silence empreint de prière, tout ce monde cherche à obtenir une faveur, une grâce auprès de Marie.

Orientez vos yeux maintenant sur la droite. Il y a la prairie, d’où chaque soir, se met en marche la procession eucharistique. Il y a beaucoup de probabilités que dans ce cortège se retrouvent les mêmes personnes qui peu de temps auparavant étaient devant la grotte, s’adressant à Marie, et qui maintenant sont rejointes par le Christ. Rappelez vous comment Jésus lors de sa présence à un mariage à Cana, fût interpellé par Marie qui lui dit en parlant des invités : « Ils n’ont plus de vin.». ce jour-là, Jésus lui répondit, un peu brutalement : « Femme, que me veux-tu? Mon heure n’est pas encore venue.» Mais, ici, il n’est plus question pour Jésus de protester. Devant ces hommes et ces femmes, blessés dans leur chair, dans leur esprit, qui lui sont remis par Marie, Jésus va les accompagner de son amour et partager leurs maux et leurs souffrances.

 Marie, de l’autre côté du Gave, depuis cette grotte, où elle se fit visible à Bernadette, accompagne de son regard son fils, qui accueille ce peuple habité par la douleur et l’affliction. C’est cela confier nos fragilités à Marie qui à son tour, va les remettre à son Fils. Marie sait combien seul son Fils peut venir en aide à tous ces éprouvés de la vie. Peut-être, la prochaine fois que vous irez au sanctuaire de Lourdes, vous prendrez le temps d’observer les deux côtés du Gave, et voir ainsi comment s’opère la relation entre Marie et Jésus.

La vie est-elle une fragilité ?

Bien sûr, aujourd’hui, nous allons évoquer nos faiblesses humaines, nos précarités physiques, nos vulnérabilités psychiques. Mais nos faiblesses ne se situent pas à ce niveau. Notre première pauvreté humaine est la délicatesse de chacune de nos vies. Notre existence est comparable à un verre de cristal. Nous avons tous en nous la pureté de cette variété de quartz incolore, remarquable par sa limpidité et sa beauté. A la naissance, chaque vie humaine a la même splendeur et le même éclat. Malheureusement, comme le verre en cristal, un rien peut la modifier en mal, la détériorer, la dénaturer, la dégrader. Mais quand on dit cela, nous ne sommes pas dans la vérité. Quand survient la maladie ou le handicap, la vie qui coule est toujours la même. Ce qui est atteint, c’est le corps. C’est-à-dire, le lit dans lequel coule la rivière, qui se nomme vie. Et ce que nous voyons en premier chez une personne malade ou handicapée, c’est son corps. Et nous ne prêtons attention qu’à cet aspect défiguré de la femme ou de l’homme, alors que le plus beau n’est pas atteint : sa vie. Elle nous provient de Dieu et elle ne peut pas subir les modifications qui en altèrent la signification.

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Affamé, je ne l’aimais plus.
Assoiffé, je ne l’aimais plus.
Handicapé, je lui en voulais.
Malade, je lui en voulais.
Elle, elle m’aimait toujours.
Je ne savais pas que elle, c’était la vie, dans laquelle Dieu m’aimait.
Mort, j’ai regretté de lui en avoir voulu. »

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Voilà ce que nous pourrions dire dans les derniers instants de notre présence dans ce monde.

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Quand nous nous présentons devant Marie pour solliciter son aide dans nos épreuves du quotidien, c’est bien cela, ce trésor de Dieu que nous lui supplions de préserver. Nous sommes bien conscients que si notre corps laisse échapper la vie, nous partons vers une fin inéluctable. Nous lui confions notre accablement et notre désolation de nous sentir si faible pour défendre cette vie qui nous a été offerte et pour laquelle, notre combat pour la garder devient inégal, comme face à la maladie par exemple. Goethe a écrit ceci « Seul est digne de la vie celui qui chaque jour part pour elle au combat. » Il faut entendre dans cette phrase qu’il est nécessaire que nous apportions notre part personnelle dans ce combat.

Apprivoiser la maladie, un acte de Foi et d’Espérance

En tant qu’aumônier du Mouvement Lourdes Cancer Espérance, je côtoie évidemment des personnes ayant été personnellement touchées par cette épreuve, ou par l’un de leurs proches. Face à la maladie et en particulier, le cancer, lorsque le diagnostic s’abat brutalement, nous sommes désarçonnés. A l’annonce de cette nouvelle effroyable, certains se tournent parfois vers Marie. Comment Marie, puis-je être atteint de cette maladie ? Marie, réponds-moi. Dis-moi, que cela n’est pas possible. Montre-moi, Marie, que les médecins se sont trompés. Pas de réponse de Marie. Seul son silence nous renvoie vers cette obscurité qui s’est appesantie sur nos épaules. Martin Luther King disait : « L'obscurité ne chasse pas l'obscurité, seule la lumière peut le faire. » Petit à petit, comme l’aube qui se lève lentement chaque matin, la lumière de Marie se laisse entrevoir, et nous nous disons, que la lutte contre la maladie va pouvoir débuter.

Dans ces moments-là, notre existence est également comparable à celle d’un cavalier allant de l’avant, conduisant son cheval, qu’il mène d’une main de maître. Si le cavalier peut prévoir et imposer un trajet à son animal, il n’est pas garant de la santé de son cheval, qui peut se blesser ou même avoir une défaillance physique. Il en est de même pour chacun d’entre nous. Chevauchant notre existence et pensant la guider en toute sécurité, nous avançons jusqu’au moment où parfois, notre corps se trouve soudainement affaibli par la maladie. Nous chutons brutalement, et nous nous en trouvons meurtri. Nous essayons malgré tout de maintenir les rênes, de cette vie qui semble nous échapper. Alors, nous sommes pris dans une espèce de tir à la corde.

D’un côté, il y a la maladie, voire la mort qui tirent. De l’autre côté, il y a en nous la vie, qui essaye de nous arracher à l’obscurité de la nuit vers la clarté du jour. Marie est là au centre et nous exhorte à ne pas nous laisser entraîner, de nous accrocher, de lutter pour gagner chaque centimètre. Même si la lutte peut parfois paraître inégale, il ne faut jamais s’avouer vaincu. C’est dans cet esprit, et pour aider à relever ce défi permanent que se livrent le cancer, la mort, et la vie, dont l’enjeu est la survivance de notre corps, qu’il est nécessaire d’avoir la présence d’un lieu de prière et d’amitié, dont Marie en est l’animatrice. C’est de ce postulat que le mouvement Lourdes Cancer Espérance est né. Il n’est pas uniquement question de se rassembler pour partager des souffrances et tenter de se consoler, les uns les autres. Bien au contraire ! Il s’agit de trouver une parole de Foi, d’Espérance. Celle que le Christ a constamment apporté à tous les malades qu’il a rencontrés : Va, ta foi t’as sauvé ! C’est aussi cette parole de consolation que nous attendons de Marie.

Rien ne peut se faire sans notre volonté. Marguerite de Navarre a laissé cet écrit : « Les choses où l'on a volonté, plus elles sont défendues et plus elles sont désirées. » Face aux aveugles, aux paralytiques, aux lépreux, la première interrogation que Jésus formulait aux personnes dont l’état de santé était altéré, était la suivante : «  Voulez-vous être guéris ? » Même questionnement de Marie : « Souhaitez-vous me confier votre faiblesse ? »

Et la réponse venait d’abord, et en tout premier lieu, des mal portants eux-mêmes. Avant tout rétablissement, Jésus faisait appel à la foi des malades en celui qu’ils interpellaient. Et cette confiance et cette espérance par lesquelles Jésus pouvait répondre à leur appel, se matérialisaient dans ce déplacement que les malades opéraient vers Jésus. Ce dernier n’étaient jamais bien loin d’eux, comme Marie n’est jamais bien loin de nous, mais il fallait que les malades ayant eu écho que le Christ était à proximité, s’approchent de lui.

Et là, le Christ les rétablissaient dans une vie débarrassée de la maladie. C’est ce déplacement que les êtres souffrant font à la grotte de Lourdes. Ils viennent implorer l’appui et la protection de Marie. Les mains jointes, dans une attitude de prière, Marie accueille ce peuple de pèlerins en quête d’un amour dans lequel leurs douleurs s’en trouveront adoucies.

Bien entendu, le Christ n’est pas le médecin de notre corps, comme Marie ne l’est pas. Le Christ et Marie sont là pour nous aider à apprivoiser la maladie, qui est certes là, accompagnée de la souffrance. Jésus et Marie, nous rassurent en nous apprenant justement à cohabiter avec cette maladie et petit à petit, à en prendre le dessus. Se laisser dominer, c’est déjà s’avouer vaincu. Le Christ et Marie, ne nous promettent pas la victoire à eux seuls… mais avec nous. La foi et l’espérance ne sont pas des histoires qui ne concerneraient que nous seuls ou le Christ et Marie. Elles sont ce chemin sur lequel nous marchons ensemble, et sur lequel le Christ et Marie, nous disent : « Va, NOTRE foi COMMUNE A NOTRE PÈRE, t’as sauvé ! »

Le handicap est-il vraiment une faiblesse...

Quel mot horrible que le mot handicap quand on examine un tant soi peu les définitions de ce terme. Le mot handicap est utilisé dans une épreuve sportive pour offrir théoriquement à tous les concurrents des chances égales de succès, en leur attribuant des désavantages ou des avantages selon leur qualité supérieure ou inférieure. Mais le mot handicap signifie également pour désigner tout ce qui empêche quelqu'un de développer, d'exprimer au mieux toutes ses possibilités ou d'agir en toute liberté. J’aime cette citation de Serge Zan Bi, qui nous dit : « Le handicap ne saurait être un frein à mon épanouissement, à mon intégration effective à la société. » Combien a-t-il raison de considérer son handicap non pas un ralentissement de son existence mais au contraire, de lui donner une raison dynamique pour la construire encore plus belle. Et c’est en cela, que Marie peut convaincre que toute personne handicapée peut réaliser des choses extraordinaires.

 Mais Maie est là aussi pour dire au monde qui n’est pas handicapé, de se laisser persuader que les femmes et les hommes défavorisés physiquement, sont aussi des frères et sœurs dans le Christ. Ces frères et sœurs ne revendiquent pas des regards remplis de pitié, mais des regards aimants. La délicatesse du regard de Marie est une source de transfiguration pour ces femmes et ces hommes aux corps défigurés. Mais pour avoir un tel regard, faut-il encore que nous-mêmes nous soyons conscients de nos propres handicaps, car nous en avons.

Jean de La Bruyère disait : « Les gens déjà chargés de leur propre misère sont ceux qui entrent davantage par la compassion dans celle d'autrui. »

Tout homme, toute femme, possède en lui ou en elle, une qualité remarquable : son intériorité. Cet espace invisible aux yeux naturels mais seulement aux yeux de notre propre intériorité, peu d’individus peuvent le percevoir. Marie possède cette aptitude naturelle à concevoir, à sentir, cette profondeur de notre être. Par son attitude, elle nous invite aussi à pénétrer l’humain de chacun. Bien sûr, le blessé de l’existence qu’est l’homme affaibli par le poids du handicap, qu’il soit physique ou psychique, ne présente pas l’image d’un corps splendide, devant lequel nous éprouverions un ravissement si intense, qu'il nous porterait au bord de l'évanouissement. Bien au contraire ! Observer bien les passants qui croisent une personne à mobilité réduite dans son fauteuil, aidée par une âme bienveillante pour avancer. Souvent, ils éprouvent un sentiment de confusion, une contenance embarrassée. Et l’un des miracles de Lourdes, c’est justement que ces sensations disparaissent. Devant Marie, ce ne sont plus les difformités qui se font remarquer. Bien au contraire, les différences entre handicapés et non handicapés disparaissent. Elles sont gommées par cette fraternité que Marie nous insuffle.

Et Marie de nous murmurer tout doucement avec une voix douce : « Toi qui me regardes et me prie, le ferais-tu de la même façon si mon corps présentait un handicap, comme celui de ceux que tu vois en ce moment ? Serais-tu aussi fidèle à venir me voir ? Es-tu certain que si tu me voyais aussi fragile que toi, tu serais là à me demander une aide ?» Bernadette, à qui l’on demandait comment était la dame qui lui était apparue, répondit en toute simplicité : « Elle était belle. » Ses détracteurs n’avaient pas compris que Bernadette évoquait la beauté intérieure de la dame, et rien d’autre. Pour Bernadette, il n’y avait pas lieu de séparer l’extérieur et l’intérieur de la dame. Elle était une et unique. Alors, à l’incitation de Marie, pourquoi ne pas voir chez les personnes handicapées qu’ils sont eux aussi, un et unique.

Comme je le disais au tout début, le corps est ce lit dans lequel coule la rivière, qui se nomme vie. Quand vous vous promenez au bord d’un ruisseau, ce qui vous intéresse, c’est de voir si l’eau qui se déverse est claire, en mouvement, etc. Les bords du ruisseau vous captivent moins, hormis si vous trouvez par hasard une fleur inhabituelle. Pour les personnes handicapées, Marie nous engage à être dans la même posture. Marie nous exhorte à ne pas nous attarder sur les berges de cette vie qui suit son parcours dans un corps affaibli et fragilisé. La vie n’est pas défavorisée. De la naissance à la mort, la vie a la même valeur. Il n’y a que celui qui la porte, le corps humain, qui a des difficultés à assumer ce qui lui incombe d’être : c’est à dire assurer une capacité de mouvement afin que la vie puisse s’épanouir dans une existence normale. C’est cette capacité du corps à redevenir autonome pour faire atteindre à un être son plein et harmonieux développement, que les personnes handicapées viennent demander d'une manière vive, pressante, avec instance à Marie.

 

La vie leur est toujours présente et n’est pas atteinte au sens que nous l’entendons. La vie n’est jamais atteinte par un handicap. Seul, le corps l’est, et bien entendu l’existence. Marie pourrait reprendre à son compte, ce que Anne Frank a écrit dans son journal : « Pense à toutes les merveilles qui t’entourent et sois heureux. » Autrement dit, Marie appelle les personnes handicapées à ne pas se laisser dominer par leur handicap. Au contraire, elle leur enseigne qu’elles peuvent guérir spirituellement afin de mener une existence en adoptant le handicap. Il sera toujours présent mais d’une autre manière. Pour les aider à y arriver, il nous appartient aussi de les encourager à aller dans ce sens. Hors, nous avons une fâcheuse tendance à nous apitoyer sur leur sort ou parfois à nous précipiter pour les aider dans des gestes dont pour certains, ils ont la capacité de les réaliser. Les personnes handicapées ne sollicitent pas de la pitié. Elles souhaitent une considération identique ni plus, ni moins que les personnes valides. En 1786, l’Abbé Roubaud écrivait : « La pitié est un sentiment de nos propres maux dans les douleurs d'autrui. » Marie en voyant tout ce cortège de fragilités ressent beaucoup de compassion, mais elle prend sur elle de porter toutes ces fragilités. La compassion n’est pas synonyme de pitié. Cela correspond plus à un sentiment de miséricorde, et Marie ne peut avoir que de la miséricorde pour ce peuple qui lui confie ses fragilités.

Je ne voudrai pas oublier dans toutes les fragilités que je viens d’évoquer, celle des personnes handicapées souffrant de troubles psychiques. Moins visible, car extérieurement il n’y a pas de signes aussi repérables qu’un fauteuil roulant, mais aussi présente dans nos familles. Peut-être avez-vous eu un jour l’opportunité de devoir aller rendre visite à un proche au centre hospitalier Ste Marie. Si tel était votre cas, vous vous êtes certainement aperçu que vous entriez dans un univers qui vous saisit en profondeur.

Dans ce milieu, vous vous rendez compte combien l’être spirituel est abîmé. Il y a une séparation entre l’être physique et l’être spirituel. La souffrance du psychisme atteint tous les processus relevant de l'esprit, de l'intelligence et de l'affectivité. Sous l’emprise de ces troubles psychiques, les malades sont à la recherche de tout ce qui pourrait atténuer leurs souffrances, y compris parfois dans un sentimentalisme religieux très marqué, voire exacerbé. Face à ce monde qui nous fait peur, Marie nous encourage à adopter le bon dialogue fait d’écoute et qui n’apporte pas de suite des réponses. Quand vous confiez à Marie ce genre de fragilités et aussi les autres, Marie nous répond par le silence, qui semble durer… Et puis, au bout de quelques minutes, il se produit une chose surprenante. Il se produit comme un souffle, presque imperceptible. Marie nous fait signe. Elle nous a entendu. Elle est comme une maman à qui le petit enfant vient lui confier un petit bobo. La maman pour le réconforter souffle sur cette petite blessure. Le petit enfant se sent guéri. Marie fait de même. Elle nous prend dans ses bras et souffle sur nos blessures, et nous nous sentons plus légers.

En conclusion...

Je voudrai vous partager cette formule concise et expressive de la revue Ombres et Lumières, éditée par l’OCH, l’office chrétien des personnes handicapées. Elle est la suivante : « Partager nos fragilités. Soutenir les familles. Transmettre l’espérance. »

Il en est de même avec Marie : elle partage nos fragilités, elle soutient les familles, elle transmet l’espérance.

Marie, nous te confions toutes nos fragilités.
Nous te les donnons pas physiquement, mais nous te les confions spirituellement.
Sois en remerciée de les recevoir pour les partager avec nous, et ton Fils,
en qui tu as une confiance infinie, comme la nôtre est aussi infinie en toi.

 

Jean-Pierre Flak, diacre permanent pour la paroisse Sainte-Émilie des Causses