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Les samedis de Ceignac

La Vie Religieuse, samedi 23 septembre

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Le chemin de la synodalité est celui que Dieu attend de l’Église au troisième millénaire”, Pape François

On m'a demandé de vous parler du " Synode diocésain ". Je ne sais pas si je suis le mieux placé pour le faire et j’aurais plutôt tendance à penser le contraire… Vous me permettrez pourtant d’introduire mon propos en reprenant une affirmation du Pape François. Le 17 octobre 2015, lors de la commémoration du 50e anniversaire de l’institution du synode des évêques, il disait que « le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir même dans ses contradictions, exige de l’Église le développement de synergies dans tous les domaines de sa mission ».

Festi 12, le 4 juin 2017 à Rodez, fût une belle fête ! Elle a réuni les visages riches et multiples de notre Eglise diocésaine. Mais était-ce, seulement,  la clôture et le parachèvement d’une belle œuvre de deux ans ?  N’ouvre-t-elle pas une nouvelle étape à laquelle chaque baptisé est appelé à prendre part comme disciple-missionnaire ?

A la  vue des cheveux blancs et des âges respectables dans notre assemblée, nombre d'entre nous pourraient se demander s’ils sont concernés ? Sinon, pour se tenir gentiment et poliment au courant de ceux qui se passent dans le diocèse ! Pourtant, si nous ne retenons que les deux premières décisions qui paraissent ressortir de manière significative du travail de l’Assemblée synodale, faire exister des fraternités missionnaires et situer la Parole et l’Eucharistie au centre de notre vie chrétienne, alors  ces questions se posent  avec urgence aux consacrées, religieuses et religieux qui sont en Aveyron.  

Le Frère Timothy Radcliffe, o.p, ancien Maître de l’Ordre des Prêcheurs, parlant des consacrés  et de leur présence pour l’Eglise et pour  le monde, disait : « Ils sont là ! C'est tout ! Leur vie n'a donc aucun sens sinon d'annoncer l'achèvement des temps, cette rencontre avec Dieu. (…) C'est par une absence de sens que leur vie révèle une plénitude de sens que nous ne pouvons définir. Tout comme la tombe vide annonce la Résurrection, ou le scintillement dans l'orbite d'une étoile indique l'invisible planète. »

Le monachisme occidental est né dans un moment de crise. C'est pendant que l'Empire romain se mourait lentement sous les assauts barbares, que Benoît se rendit à Subiaco et fonda une communauté de moines. Alors que l'histoire de l'humanité semblait n'aller nulle part, Benoît fonda une communauté de gens dont la vie n'avait d'autre sens que d'indiquer cette fin ultime, le Royaume.

Dans la vie consacrée, comme dans l’Eglise diocésaine, on rencontre aujourd’hui trois types de personnes : les pessimistes, les optimistes et les réalistes.

Les pessimistes

Avec eux, tout va mal : la vie consacrée et nos communautés paroissiales rurales ont rempli leur mission !  Elles peuvent mourir ! Que le dernier éteigne les lumières et ferme la porte !

Les optimistes

Pour eux, tout va bien ! Je ne partage pas ce diagnostic. Dire que tout va bien c’est fermer l’œil sur des réalités que nous savons parfois douloureuses.

Les réalistes

Ils vivent ce temps comme une crise et comme l’hiver. Oui, ce sont deux mots négatifs. Mais ils nous invitent à une vision positive. 
Crise. En grec crisis vient de griego et signifie que nous arrivons à un moment où il s’agit de décider. En soit la crise n’est ni positive ni négative. Tout dépend des décisions que nous prenons, ou que nous ne prendrons pas dans une démarche de synodalité.
Il ne faut avoir peur de dire que la vie religieuse et l’Église diocésaine sont  en crise… parce que, le Synode nous le montre, il  est temps de prendre des décisions. 

Hiver

C’est apparemment la saison de la mort, sans fleurs ni feuilles. C’est la saison où la nature travaille le plus. Elle fait un travail en profondeur, à la racine. Ce sont les racines qui permettent que la vie se poursuive. Un arbre avec des racines saines donnera des fruits sains. 

L’Eglise du Rouergue est en hiver. Elle doit travailler l’essentiel. Elle doit travailler ses fondements.

 

  • Une identité claire, une identité en chemin

La question n’est pas de se demander ce qu’on fait nos prédécesseurs, comme si nous conduisions en permanence avec les rétroviseurs, mais bien plutôt de se demander ce qu’ils feraient aujourd’hui. Nous ne sommes pas là pour faire de l’archéologie. Il s’agit d’avoir une identité actuelle, fidèle à nos origines mais qui réponde aux exigences de l’ici et du maintenant. Une identité en relation… pour ne pas tomber dans une caractéristique des sectes : des groupes fermés. 

  • Spiritualité solide basée sur les sacrements, la parole, la liturgie et le magistère de l’Église.

Une spiritualité et une dévotion adulte à la Vierge Marie. Une spiritualité dynamique missionnaire apostolique qui soit unifiée, qui nous rendent fils du ciel et fils de la terre en même temps. Une spiritualité de présent, de relation qui nous fait de nous des disciples et des missionnaires.

L’Assemblée Synodale a rappelé que le disciple-missionnaire a besoin d’avoir soif de Dieu. Que se vive aussi une relation vraie et profonde dans la vie avec Jésus. 

Les baptisés doivent avoir soif d’une vie fraternelle qui soit humaine et humanisante. Vous le savez par expérience, vous qui avez des années de vie communautaire à votre actif, la vie fraternelle doit se développer en coresponsabilité. Celui qui n’est pas libre n’est pas responsable. Liberté et responsabilité en même temps.

L’Assemblée synodale a redit qu’elle espérait une Eglise diocésaine où se vit la miséricorde fraternelle mais aussi  qui va aux marges. Qu’elle soit  comme la Samaritaine qui vit avec passion la compassion et se laisse entraîner aux « périphéries de la pensée. »

  • Formation chrétienne

Aujourd’hui, la formation est devenue personnalisée. Elle part de la réalité de la personne, mais ne doit pas tomber dans un style de formation subjectiviste. Attention à la formation « à la carte » qui risquerait de tomber dans l’autre écueil de la formation trop objectiviste.

Enfin, pour terminer, je crois que la Vie consacrée est fondamentalement la jeunesse de l’Eglise ! C’est pour cela que je vous partage une citation d’un écrivain du XX° siècle que j’affectionne particulièrement, Georges Bernanos :

C'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents »

Malgré, nos rhumatismes qu’ils soient ceux dus à l’âge ou d’ordre psychologique et spirituel, je nous invite à continuer à brûler de l’Amour de celui qui nous a dit un jour : « viens et suis moi ! »

Frère Philippe Arnal, clerc de SAint-Viateur